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Le barbier de Séville

Présenté à l’opéra de Marseille après le Théâtre des Champs Elysées, Il Barbiere di Siviglia de Rossini arrive à Luxembourg dans une mise en scène minimaliste de Laurent Pelly. Sans paillettes mais convaincant, avec une jolie dose d’humour. L’ennui, avec Laurent Pelly, ou plutôt l’avantage, c’est que l’on sait à l’avance que ça va être brillant, truffé d’inventions épatantes, joyeux et drôle s’il y a lieu, bref, qu’on va être à la fête. Ce n’est pas avec Le Barbier de Séville que cela devrait changer, non ? Eh bien si. Aussi extraordinaire que cela paraisse, pour cet opéra brillantissime, Laurent Pelly a choisi non l’excès, mais la sobriété, non la couleur, mais le noir et blanc, non l’emportement mais la sagesse. L’excès, la couleur, l’emportement, il les laisse à Rossini. Plus que l’histoire d’un imberbe barbon dont la dulcinée rétive se fait épouser, au nez et à sa barbe, par l’irrésistible Almaviva, plus que les facéties de Figaro, il entend mettre en scène la musique de Rossini qui est à elle seule un théâtre. Tout se joue et se chante donc entre les pages d’une partition à l’échelle de la scène, roulée ou déroulée, prison ou place de village. Vêtus de noir, les personnages y figurent les notes de musique, notes démultipliées lorsque les membres du chœur investissent le plateau en des moments pleins de saveur et d’humour. Alors, certes, on est un peu déçu du sage tour que prend la fête. Mais on ne peut qu’apprécier l’honnêteté artistique de Laurent Pelly. Conscient que, chez Rossini, la musique passe souvent avant le théâtre, il s’est en quelque sorte effacé pour permettre aux chanteurs de donner le meilleur d’eux-mêmes dans les numéros de trapézistes sans filets qu’ils doivent interpréter. Si l’on se souvient qu’un grand acteur comme Michel Bouquet refusait d’accomplir des actions non indispensables au jeu, comme couper sa viande en mâchant des carottes tout en disant son texte, on mesure mieux la difficulté pour un chanteur de sauter sur un trampoline tout en relevant les invraisemblables défis vocaux de Rossini dans Le Barbier de Séville. Sans doute faut-il donc remercier Laurent Pelly de son choix. Et dire l’infini plaisir que nous avons éprouvé en écoutant les « battles » chantées de Stéphanie D’Oustrac (piquante bien qu’un peu sèche Rosine), de Florian Sempey (Figaro impayable en malabar tatoué), de Philippe Talbot (Almaviva un peu fade) et de Carlos Chausson (Bartolo vieux garçon plein de saveur). Sans oublier Annuziata Vestri (Berta) qui a enlevé son final avec panache et humour et Mirco Palazzi (Basilio un peu rentré dans le jeu). Emmenés avec tact et nuances par Roberto Rizzi Brignoli, l’orchestre et les chœurs de l’opéra de Marseille ont déployé leurs talents en toute liberté.

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